Pour la première fois, une équipe de chercheurs a tenté d’évaluer le nombre de cas d’asthme imputables au trafic automobile. Les résultats sont publiés dans la revue scientifique The Lancet Planetary Health. Et les chiffres sont impressionnants : chaque année, la pollution de l’air générée par les véhicules automobiles est à l’origine de millions de cas d’enfants asthmatiques à travers le monde, soit 13 % des cas d’asthme infantile diagnostiqués ; 90 % d’entre eux surviennent dans des grandes agglomérations.
L’asthme est la principale maladie chronique chez les enfants. En progression constante, elle touche aujourd’hui environ 235 millions de personnes à l’échelle de la planète, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Prédispositions génétiques, allergies aux pollens ou aux acariens, pollution de l’air… : ses causes sont multiples et pas complètement élucidées.
Pour réaliser ces estimations, l’équipe dirigée par Susan Anenberg et Ploy Achakulwisut (université George Washington) a croisé les données sur les incidences de l’asthme en 2015 dans 194 pays avec les concentrations de dioxyde d’azote (NO2) relevées entre 2010 et 2012 dans ces mêmes pays, ainsi que dans 125 villes. Gaz très toxique, le NO2 est le principal marqueur de la pollution automobile et, en particulier, des moteurs diesel.
« La pollution au dioxyde d’azote apparaît comme un facteur de risque important de l’asthme infantile dans les pays développés comme en voie de développement et particulièrement dans les zones urbaines », commente Susan Anenberg. Le pays le plus touché est la Corée du Sud, avec 31 % des cas d’asthme imputables au trafic routier. Avec un taux de 30 % suit un trio constitué par des pays du Golfe : Koweït, Qatar et Emirats arabes unis. Avec 48 % des cas, Shanghaï domine le classement des villes. Huit des dix villes les plus touchées sont en Chine. Moscou et Séoul complètent ce top 10.
Avec 33 % d’asthme d’origine automobile, Paris se classe au 21e rang, devant New York (29e avec 32 %) et Londres (35e avec 29 %).
Il est à noter que New Delhi, pourtant l’une des villes où les niveaux de pollution aux particules fines sont parmi les plus élevés du monde, ne figure qu’à la 38e place de ce classement. Sans doute, expliquent les auteurs, parce que les niveaux de NO2 y étaient sous-estimés sur la période 2010-2012 et qu’ils ont depuis augmenté, à l’inverse du mouvement à la baisse amorcé en Europe et aux Etats-Unis.
Autre tendance importante mise en évidence par cette étude : 92 % de ces cas d’asthme liés à la pollution automobile interviennent dans des zones où les concentrations de NO2 ne dépassent pas les recommandations de l’OMS (40 microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle).